L'heure juste
JANVIER 2026
VUES SUR LE BAPE
DEVENIR MEMBRE AU BAPE
Lorsqu’il doit former une commission d’enquête, le président du BAPE choisit les personnes qui en feront partie parmi les membres de l’organisation. Mais comment devient-on membre et en quoi cela consiste-t-il? Nous vous proposons de faire la connaissance de quelques collègues fraîchement nommés à ce poste ou ayant vécu récemment leur première expérience en tant que commissaire.
Au terme d’un processus de plusieurs mois, Chantale Bourbeau, François Boulanger, Stéphanie Dufresne, Rosanne Fortin et Sophie Hamel-Dufour sont devenus membres additionnels à temps partiel le 19 novembre dernier. C’est le Conseil des ministres qui les a choisis parmi une sélection de personnes aptes à remplir cette fonction. «Il y a eu plusieurs étapes, s’exclame Rosanne Fortin, qui travaille actuellement chez Norda Stelo, où elle s’implique notamment dans la réalisation d’études d’impact. D’abord, le dépôt de ma candidature, ensuite les examens écrit et oral, puis la vérification de mes antécédents et l’analyse des conflits d’intérêts potentiels.»
«Le processus a été à la fois exigeant et stimulant, raconte Stéphanie Dufresne, dont l’expertise combine l’analyse environnementale, les stratégies de transition socio-écologique et la gestion de projet. Il m’a permis de revisiter mon parcours, de clarifier mes motivations et de réfléchir à la posture que réclame le rôle de membre. Les échanges ont porté sur des situations concrètes et des questions de jugement, ce que j’ai beaucoup apprécié. Le sérieux de la démarche reflète bien la responsabilité associée à la fonction et l’importance accordée à la rigueur et à l’intégrité.»
Sophie Hamel-Dufour, spécialiste de la sociologie de l’environnement, de l’éthique appliquée et de la participation publique, observe pour sa part que ce processus mène à une sélection fondée sur les compétences, l’expertise, et non à des nominations politiques. «Cette approche est saine pour l’organisme et tout le monde y gagne», constate-t-elle.
Aux sources de l’implication
François Boulanger: «Le BAPE permet de changer les choses de manière positive, d’offrir les meilleures informations pour privilégier les décisions les plus éclairées possibles. Sa mission est importante pour le futur.»
«Je suis convaincu que les processus d’évaluation environnementale permettent d’obtenir les meilleurs projets possibles. Je crois beaucoup en leur efficacité», lance François Boulanger, économiste des ressources naturelles et mathématicien de formation. Il sait de quoi il parle puisque sa carrière l’a amené à diriger des consultations, à établir des commissions conjointes entre le Québec et les Premières Nations, et à présider des comités fédéraux d’examen dans le cadre de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois. Il souhaite mettre cette expérience à profit au BAPE. «J’aimerais contribuer à des projets structurants, poursuit-il. Je suis motivé à travailler pour faire en sorte que les gens du Québec bénéficient des meilleures décisions possibles pour leur développement régional et local, et que le processus se déroule dans le respect.»
Chantale Bourbeau: «J’ai ma compagnie depuis plus de 20 ans et je travaille beaucoup toute seule, donc, j’ai hâte de faire partie d’une équipe, de contribuer à l’effort de groupe avec mon expérience et ma vision des choses.»
«Le BAPE répond à un besoin essentiel, note pour sa part Chantale Bourbeau, ingénieure en génie géologique. Il joue un rôle vraiment nécessaire et important, il permet d’écouter les différents intervenants et intervenantes ainsi que les citoyennes et citoyens.» Elle a découvert l’organisme au début des années 2000 alors qu’elle travaillait pour le consultant d’un initiateur. «J’avais participé à toutes les étapes, se souvient-elle. Je suis une personne très sensibilisée à l’environnement, donc, j’ai beaucoup suivi le BAPE au fil du temps.» N’empêche, elle n’avait jamais pensé devenir membre jusqu’à ce qu’une connaissance lui envoie l’appel de candidatures. «Ça m’a semblé un beau défi. J’en suis à un point de ma carrière où j’ai envie de vivre de nouvelles expériences, de diversifier ma pratique. J’ai décidé d’essayer», conclut-elle.
Stéphanie Dufresne: «Je crois profondément au rôle du BAPE dans la démocratie québécoise. Dans un contexte de grands changements environnementaux et sociaux, les décisions publiques doivent être éclairées avec rigueur, indépendance et écoute.»
Si Chantale Bourbeau s’aventure en terrain inconnu, ce n’est pas tout à fait le cas de Stéphanie Dufresne, qui a été analyste au BAPE au début des années 2000. «J’y ai appris la rigueur, le sens de l’analyse et le rôle fondamental de la participation citoyenne», commente-t-elle. Depuis, ses expériences dans les milieux municipal, communautaire, médiatique et entrepreneurial lui ont permis de mieux comprendre les dynamiques territoriales, les réalités des élus, des citoyennes et citoyens et des acteurs économiques ainsi que les tensions qui traversent les projets de développement. «Revenir au BAPE à ce stade de ma carrière, c’est mettre cette expérience au service d’une institution que je respecte profondément, ajoute-t-elle. C’est aussi contribuer, avec plus de recul et de vision stratégique, à une mission qui vise à maintenir la confiance citoyenne envers l’État et à améliorer la qualité des décisions publiques.»
Sophie Hamel-Dufour: «Travailler au BAPE, c’est aussi une façon de connaître le Québec, la société, de comprendre les relations que les gens entretiennent avec le territoire. Ça permet de contribuer très directement au bien commun.»
La notion de confiance retient également l’attention de Sophie Hamel-Dufour qui a, elle aussi, déjà travaillé comme analyste au BAPE. «Dans une société de plus en plus polarisée, où on peine à distinguer le vrai du faux, où la méfiance et la défiance règnent, le BAPE demeure un organisme de confiance, où les citoyennes et citoyens, les initiateurs, les personnes-ressources peuvent faire valoir leurs perspectives, observe-t-elle, en expliquant qu’elle souhaite susciter ce sentiment chez tous les participants et participantes. «J’ai toujours aimé aller à la rencontre des gens, précise-t-elle. C’est un plaisir, et une nécessité, d’offrir un espace de discussion et de réflexion impartial afin de comprendre la vision des différents intervenants et intervenantes à propos du territoire et du projet à l’étude.» Le rôle d’une commission consiste aussi, selon elle, «à réfléchir puis à statuer sur ce qui sera juste dans les circonstances pour les citoyennes et citoyens ainsi que pour l’initiateur, à travailler au bien commun en s’appuyant sur la science et les faits.»
Rosanne Fortin: «Je possède déjà un bagage professionnel très varié ainsi qu’un savoir-faire et un savoir-être en cohérence avec les responsabilités de commissaire, mais je demeure lucide: il me reste à apprendre ce nouveau métier!»
Rosanne Fortin insiste, quant à elle, sur la neutralité et l’impartialité du BAPE. «Après plusieurs années à cumuler de l’expérience dans le domaine de l’évaluation environnementale, cette posture m’intéresse beaucoup, indique-t-elle. Je souhaite que mon bagage professionnel me serve à prendre position vis-à-vis des projets majeurs, à la lumière d’une analyse rigoureuse des préoccupations citoyennes et de la documentation relative au projet, et à émettre des recommandations en vue de bonifier ces derniers.»
Retour sur les premiers pas
Une fois qu’elles auront suivi les formations de rigueur, les cinq recrues feront leurs débuts en tant que commissaires. Elles contemplent toutes cette perspective avec enthousiasme. «Je m’attends à un premier mandat à la fois riche et exigeant, ancré dans des réalités territoriales complexes, précise Stéphanie Dufresne. J’aborde cette étape avec beaucoup de curiosité, d’écoute et de respect pour le processus.» Or, quelques collègues ont participé récemment à leur première commission d’enquête. Qu’en ont-ils pensé?
Michel Allaire: «Au cours de ma carrière en environnement, j’ai mené des consultations publiques et j’ai pris part à plusieurs audiences du BAPE en tant que personne-ressource. Devenir commissaire me semblait une suite logique à l’heure de la retraite.»
«Ça a été une excellente expérience», estime Michel Allaire. Ce biologiste spécialisé en administration et en environnement a signé son premier rapport fin novembre. Il portait sur le projet de poste Jean-Jacques-Archambault à 735-120 kV dans Lanaudière. «Le président, Joseph Zayed, m’a bien encadré, poursuit-il. Sa bienveillance, sa vaste expérience et son expertise ont facilité mon intégration. J’ai apprécié la grande compétence et la collégialité des membres de l’équipe.» Il a découvert une machine bien huilée et a pu mesurer concrètement le travail investi dans chacun des rapports, la rigueur du BAPE. Il a toutefois eu une surprise: le nombre d’heures requis pour une audience publique, dans un contexte où il avait d’autres engagements. «À l’avenir, ce sera un seul mandat à la fois», tranche-t-il.
Pierre Benoit: «J’ai voulu saisir la chance d’exercer un rôle d’information, d’enquête et de recommandation qui allait me placer au-dessus de la mêlée, dans une position neutre, dénuée d’intérêt et de parti pris, ceci afin de servir le bien public.»
Dans un même ordre d’idées, Pierre Benoit, urbaniste détenant une vaste expérience des consultations publiques, constate la nécessité d’une «grande disponibilité» et d’un «engagement élevé». Il a siégé à la commission responsable d’examiner le projet de parc éolien Canton MacNider. «L’ampleur de la documentation et des ressources dont nous disposions pour réaliser notre mandat m’a impressionné. Prendre connaissance de toute cette information, la maîtriser et l’inclure dans l’analyse à l’intérieur de délais restreints a constitué une tâche colossale, précise-t-il. Mais j’ai été épaulé par une organisation très solide, outillée, expérimentée et généreuse, ce qui a grandement facilité mon intégration.» Il retient notamment «la rigueur de la démarche, grâce à laquelle rien n’est laissé au hasard». Les conclusions et les recommandations qui en résultent lui apparaissent de ce fait «inattaquables».
Stella Leney: «Je me suis toujours intéressée aux enjeux environnementaux touchant les grands projets et aux points de vue, aux préoccupations des citoyennes et citoyens à leur endroit. Pour moi, le BAPE est, depuis des décennies, un des très bons forums pour connaître l’opinion de la population au Québec.»
Du côté de Stella Leney, l’examen public du projet d’agrandissement du lieu d’enfouissement technique d’Hébertville-Station a été l’occasion de réaliser un des souhaits à l'origine de son implication. «Je voulais découvrir un projet autrement qu’à travers le filtre des médias, pouvoir poser des questions directement à un initiateur et analyser un dossier en profondeur, en tenant compte des enjeux soulevés par les citoyennes et citoyens, et en me basant sur les faits», explique l’ancienne cadre de direction chez Hydro-Québec. Elle aussi a trouvé le travail «très bien organisé» et les gens de son équipe, «très compétents et bienveillants». Ce qui a le plus sollicité sa capacité d’adaptation, ce sont les processus et les outils de même que l’écriture collective du rapport. «L’exercice de rédaction est toujours exigeant et le BAPE a une façon particulière de l’aborder. J’ai dû l’apprendre», observe-t-elle, déjà prête à exploiter ses acquis à l’occasion de l'audience sur le projet de construction du parc éolien de Grosse-Île, son deuxième mandat.
Prunelle Thibault-Bédard: «J’ai aimé faire partie d’une équipe compétente. Tout le monde prend son travail au sérieux, s’investit dans le dossier. Ce bel engagement est inspirant. J’ai trouvé ça très nourrissant sur les plans intellectuel et professionnel.»
Dans le cas de Prunelle Thibault-Bédard, qui enseigne le droit de l’environnement à l’Université de Sherbrooke, cette étape est franchie. Elle signait récemment son deuxième rapport, portant sur le projet d’agrandissement du lieu d’enfouissement technique à Mont-Laurier. «L’aisance avec laquelle je me suis insérée dans le processus m’a surprise, raconte-t-elle. Il y a eu de l’apprentissage, mais j’ai senti que j’étais capable de contribuer de façon réelle et concrète, même si j’étais la petite nouvelle. Je dois dire que les présidents Joseph Zayed et Georges Lanmafankpotin m’ont bien accompagnée.» Parmi les défis qu’elle a dû relever, elle souligne la grande quantité d’information à maîtriser, mais aussi, la conciliation de ses activités de membres et de ses autres obligations. «Comme le BAPE ne décide pas du calendrier, les commissions sont confirmées à la dernière minute. Ça demande beaucoup de flexibilité», remarque-t-elle. Justement, entre le moment de l’entrevue et sa publication, elle a accepté un mandat qui l’amènera à découvrir un nouveau rôle. Elle siègera à la commission responsable d’examiner le projet d’agrandissement de l’usine de fabrication de matériaux énergétiques Generals Dynamics à titre de… présidente!