L'heure juste
MARS 2026
POUR MIEUX COMPRENDRE
GESTION DES MATIÈRES RÉSIDUELLES
Les bases du recouvrement
Dans un rapport du BAPE concernant la gestion des matières résiduelles, vous lisez que le ministère responsable de l’Environnement devrait réaliser un examen des moyens pour éviter l’utilisation excessive de recouvrement journalier. Savez-vous de quoi il est question? Sinon, suivez notre collègue Patrick Fournier, conseiller en communication, dans son exploration de quelques notions de base qui pourraient vous éclairer.
Vous souvenez-vous de Popa, personnage de l’émission culte La Petite Vie, qui étageait minutieusement ses déchets dans la poubelle? Cette méthode, bien que comique dans un contexte résidentiel, évoque une pratique appliquée quotidiennement dans les lieux d’enfouissement techniques au Québec: le recouvrement des matières résiduelles. Les bénéfices d’une telle façon de faire sont pluriels et certains pourraient vous surprendre.
Une couche de protection
«Ça permet entre autres de réduire la propagation des odeurs, de limiter les risques d’incendie et de contrôler la présence d’animaux sur le site», explique Sylvie Mondor, directrice de l’expertise environnementale et du développement durable au BAPE. Généralement, cette couche protectrice a environ 15 à 20 centimètres d’épaisseur. Elle agit comme une barrière entre les déchets et l’environnement extérieur.
Des matériaux de remplacement
«Longtemps réalisé à l’aide de terre ou de sable qui devaient parfois être achetés, le recouvrement est désormais composé d’une variété de matières résiduelles détournées de l’élimination, comme des sols légèrement contaminés, des produits de balayage de rues et des résidus de construction, de rénovation et de démolition», poursuit Sylvie Mondor. Cette évolution découle de la réglementation québécoise, qui permet d'avoir recours à certaines matières destinées à l'enfouissement en remplacement des matériaux propres utilisés antérieurement.
Le Québec a d’ailleurs recours à d’importantes quantités de matériaux de recouvrement. Selon le plus récent Bilan de la gestion des matières résiduelles de RECYC-QUÉBEC, environ 2,17 millions de tonnes de matières ont été utilisées au Québec en 2023 en recouvrement ou pour d’autres usages dans les lieux d’enfouissement. Cela représente environ 40% des matières enfouies.
Des redevances moins élevées
Tous les exploitants de lieux d’élimination doivent payer des redevances au ministère responsable de l’Environnement chaque fois qu’ils reçoivent des matières destinées à l’élimination. L’objectif est de réduire les quantités de matières résiduelles qui sont éliminées et d’augmenter ainsi la durée de vie des lieux d’élimination.
Fait intéressant, selon ce que le Règlement sur les redevances exigibles pour l’élimination de matières résiduelles prévoit depuis 2023, la redevance perçue pour chaque tonne de matériaux utilisés pour le recouvrement est moins élevée que celle perçue pour les matières résiduelles. Ces résidus coûtent donc moins cher à enfouir que les autres.
Une source de réflexion
Entre remplacement de matériaux propres par des matières destinées à l'enfouissement et avantages économiques, le recouvrement a généré des réflexions au sein de plusieurs commissions d’enquête récentes du BAPE.
Par exemple, le rapport sur le projet d’agrandissement du lieu d’enfouissement technique de Sainte-Sophie (mai 2020) souligne que «l’autorisation éventuelle du projet devrait fixer le tonnage ainsi que le volume de matières pouvant être enfouies, et ce, distinctement du tonnage et du volume de matières pouvant être utilisées pour les recouvrements journalier et final. Cela éviterait qu’une utilisation au-delà des quantités nécessaires ne se transforme en élimination déguisée tel que mentionné dans le Guide d’application du Règlement sur l’enfouissement et l’incinération de matières résiduelles».
La question a également fait surface dans le rapport intitulé L’état des lieux et la gestion des résidus ultimes (janvier 2022). La commission qui s’est penchée sur cette question y mentionne, entre autres, qu’en «complément de la redevance sur les matériaux alternatifs de recouvrement, un examen des moyens pour éviter l’utilisation excessive de recouvrement journalier devrait être réalisé par le [ministère responsable de l’Environnement]».
En 2025, la commission responsable d’analyser le projet d’agrandissement du lieu d’enfouissement technique à Mont-Laurier a quant à elle jugé que «l’approche actuelle de calcul des quantités de matières résiduelles éliminées par habitant prête à confusion et risque d’induire en erreur quant au réel niveau d’atteinte des objectifs de réduction. En excluant les matières résiduelles utilisées à des fins de recouvrement, même lorsque leur usage dépasse largement ce qui est strictement nécessaire, cette méthode donne une image partielle, voire artificiellement favorable, de la performance des gestionnaires des lieux d’enfouissement».
Enfin, le rapport sur le projet d’agrandissement du lieu d’enfouissement technique d’Hébertville-Station (janvier 2026) mentionne pour sa part que «les décrets d’autorisation du gouvernement du Québec devraient préciser si les matières résiduelles et les sols utilisés en recouvrement journalier sont inclus ou exclus des tonnages annuels maximaux autorisés».
Les avis et les constats de ces rapports mettent en lumière à la fois l’utilité et la complexité de cette pratique. «D'un côté, l'utilisation, pour le recouvrement, de matières destinées à l'élimination évite l'achat de matériaux. De l’autre, cette approche soulève des interrogations sur l’usage que les lieux d’enfouissement technique en font et les bénéfices qu’ils en retirent», conclut Sylvie Mondor.
Bref, il s’agit d’une pratique qui pourrait encore évoluer dans les années à venir.