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Bureau d’audiences publiques sur l’environnement

L'heure juste

Mai 2026

VUES SUR LE BAPE

LES PARCS ÉOLIENS SOUS LA LOUPE DU BAPE

Dans le cadre d’une présentation au Salon des technologies environnementales du Québec en mars 2026, le BAPE a brossé à grands traits un portrait des enjeux examinés par ses commissions dans le cadre de projets éoliens (infolettre de mars). L'analyste Pierre Batellier résume cette présentation basée sur l'exploration des principaux constats, avis et conclusions des 33 rapports du BAPE portant sur des projets éoliens publiés entre 1997 et 2025.

Lors de l’examen du premier projet éolien québécois, celui du parc Le Nordais, entré en service à Cap-Chat en 1998, tout dans ce domaine est nouveau pour la population du Québec et pour le BAPE. L’analyse de la commission responsable du dossier couvre un large spectre d’enjeux liés à la justification du projet, aux répercussions économiques, à la cohabitation avec les autres usages du territoire ainsi qu’aux effets des éoliennes sur le paysage, sur le climat sonore et sur les milieux naturels, notamment la faune aviaire. La qualité de l’information et la consultation du public sont également au cœur des conclusions du rapport. Les enjeux abordés par les commissions qui se succèdent par la suite peuvent tous être reliés à l’un ou l’autre de ces grands thèmes. Voici comment ils ont émergé et se sont imposés au fil des trois périodes au cours desquelles des projets éoliens ont été examinés par des commissions du BAPE : de 1997 aux années 2000, dans les années 2010 puis en 2024 et 2025.

Le réseau et son évolution

Selon Hydro-Québec, en mai 2026, 45 parcs éoliens sont en activité pour une puissance cumulée d’environ 4000 MW et plusieurs autres sont projetés. Le réseau éolien actuel et projeté découle en grande partie des appels d’offres lancés par Hydro-Québec pour de l’énergie éolienne ou renouvelable. Comme le montre le graphique ci-dessous, entre 2003 et 2023, Hydro-Québec en a lancé sept qui ont, en grande partie, déterminé les trois périodes pendant lesquelles des projets éoliens ont été examinés par des commissions du BAPE.

Au fil du temps, les caractéristiques des projets examinés ont évolué. Par exemple, après une concentration initiale en Gaspésie et dans le Bas-Saint-Laurent, ils se situent maintenant sur l’ensemble du territoire québécois. Alors que les premiers initiateurs étaient privés, tous les projets analysés depuis 2010 se réalisent avec un ou des partenaires communautaires. Aussi, les éoliennes mesurent maintenant près de 200 mètres, soit le triple de la hauteur de celles du parc Le Nordais, et leur puissance installée a été décuplée, atteignant 6 à 7 MW dans les projets les plus récents.

Les répercussions économiques

Les effets économiques des projets occupent une place importante dans l’analyse des premières commissions du BAPE. La portée des retombées locales et régionales en contexte de dévitalisation et les moyens mis en œuvre pour les maximiser sont au cœur des analyses. Sont aussi examinés la responsabilité financière du démantèlement des éoliennes et les revenus directs des municipalités dans un contexte de projets essentiellement privés et souvent sans mécanismes de compensations financières pour ces dernières.

Dans les années 2010, cette question des compensations et des redevances versées aux municipalités, aux propriétaires et, plus tardivement, à des voisins prend de l’importance. Alors que des mécanismes se mettent en place, les montants, les conséquences des négociations à la pièce, de gré à gré, sans contrats type et l’accompagnement des acteurs lors des négociations sont sous la loupe des commissions.

La participation financière des communautés au capital et à la propriété des projets éoliens est aussi scrutée par certaines commissions, sur le plan tant des revenus potentiels que des risques financiers. Dans plusieurs rapports récents, cette question devient plus centrale. En plus de soulever les effets positifs sur les finances des municipalités, ils mentionnent dans leur conclusion l’encadrement des partenariats public-privé, le statut juridique des entreprises initiatrices et l’accès à l’information, notamment financière.

Finalement, deux enjeux économiques reviennent de manière récurrente au fil du temps :

  • les effets potentiels des éoliennes sur la valeur des propriétés à proximité et l’absence d’étude ou de suivi à ce sujet en contexte québécois;

  • l’incertitude sur l’ampleur réelle des retombées locales et régionales des projets éoliens; plusieurs commissions pointant un manque de documentation sur la réalisation ou non des retombées annoncées.

La cohabitation avec les autres usages du territoire

Dès les premiers projets, la question des effets des éoliennes sur le paysage et de la valorisation de ce dernier par la population est examinée. Une attention soutenue est alors portée aux effets potentiels négatifs sur l’attrait de lieux ou d’activités récréotouristiques ou de villégiature. Cette attention s’efface quelque peu dans les années 2010, mais revient en 2024-2025 dans le contexte de projets éoliens avec un grand nombre d’éoliennes et des éoliennes plus hautes, notamment sous l’angle des effets cumulatifs sur le paysage avec la multiplication des projets sur un même territoire.

Tout au long des trois périodes examinées, les enjeux de pertes de territoire et les risques d’entraves aux activités agricoles, forestières ou de chasse sont examinés, bien qu’ils soient relativement moins présents dans les rapports plus récents. Au fil des projets examinés, certaines pratiques de cohabitation ainsi que l’encadrement du développement éolien (ou son absence, notamment en territoire privé) font l’objet de l’attention de plusieurs commissions, notamment dans les années 2010.

La santé et la qualité de vie

Une dimension clef de l’ensemble des projets examinés est la cohabitation avec le milieu habité. L’enjeu du climat sonore est traité dès le premier mandat éolien. Le bruit audible, les infrasons et les sons de basses fréquences produits par les éoliennes sont progressivement abordés. Les premiers rapports soulignent un contexte où les connaissances sur les effets sur la santé et la qualité de vie sont peu nombreuses et doivent être mieux documentées, faute de quoi un développement en milieu habité ne peut être recommandé. L’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) produit finalement une synthèse des connaissances au sujet des éoliennes et de la santé publique en 2009, et la met à jour en 2013, puis en 2023 (INSPQ).

Les distances séparatrices par rapport aux résidences et les normes de bruit environnemental font rapidement l’objet d’analyses par les commissions. La variabilité de la perception du bruit selon les personnes et le contexte d’insertion des projets de même que les suivis du climat sonore et des plaintes sont également abordés par les commissions.

Le climat sonore et les ombres mouvantes sont deux thèmes qui reviennent régulièrement lors des trois périodes. Cependant, la sécurité autour des éoliennes, notamment les craintes du public face au verglas et à la projection de glace, à la sécurité aérienne, aux incendies et aux perturbations des réseaux de communication ne sont presque plus abordées après 2010. À l’inverse, c’est à ce moment que l’importance accordée aux effets sociaux et communautaires devient plus manifeste dans les analyses, notamment les tensions sociales et la polarisation engendrées par certains projets ainsi que les impacts psychologiques et sociaux qui en découlent.

Le milieu naturel

Les enjeux liés aux effets des projets éoliens sur le milieu naturel demeurent présents sur toutes les périodes évaluées. Leur importance est parfois circonstancielle, en fonction de l’emplacement du parc, par exemple sa localisation dans une réserve faunique, dans un milieu écologique fragile ou à proximité d’aires protégées ou de refuges écologiques.

La perte de milieux humides et hydriques fait l’objet de recommandations dans les rapports dès 1997. Les répercussions liées au déboisement sont nommées dès le début des années 2000 et abordées au regard de potentielles pertes d’habitat pour la faune, dont le caribou forestier de Charlevoix. Les espèces floristiques ou fauniques à statut particulier sont de tout temps sous la loupe des commissions. Les risques pour la qualité de l’eau et l’habitat du poisson associés aux traversées de cours d’eau et au ruissellement de sédiments en provenance des chemins d’accès sont aussi analysés par des commissions sur une base régulière.

L’angle d’analyse qui évolue le plus est celui de la faune ailée. Au début, les commissions s’intéressent surtout aux oiseaux en notant un manque de connaissances sur les répercussions des éoliennes sur ces derniers, notamment les mortalités par collision, les aires de nidification, les corridors migratoires et les oiseaux de proie. Dans les années 2010, la mortalité des chauves-souris, par collision ou à la suite de lésions provoquées par la brusque variation de pression de l’air à proximité des éoliennes (barotraumatisme), devient un enjeu central dans les rapports de commission en raison du statut précaire de plusieurs espèces. La question des suivis des mortalités, des mesures d'atténuation, notamment du bridage des éoliennes, est alors mise de l’avant de manière répétée par les commissions.

D’ailleurs, dans les projets examinés en 2024 et 2025, la question des effets cumulatifs associés à la multiplication des parcs éoliens dans certaines régions dont le Bas-Saint-Laurent est soulevée au regard notamment de la capacité de support des écosystèmes.

La participation publique

L’information et la consultation adéquates du public sont au cœur des analyses de nombreuses commissions. Pour les premiers projets, l’enjeu est la qualité de l’information fournie au public, par exemple sur les emplacements prévus des éoliennes et des autres infrastructures ou la disponibilité de simulations visuelles. La nécessité même que l’initiateur du projet consulte le public, incluant les communautés autochtones, est rappelée par plusieurs commissions.

Alors que la consultation de la population par l’initiateur devient plus systématique, l’analyse des projets étudiés durant la seconde période se concentre sur la pertinence que ces consultations soient réalisées plus en amont, lorsque des modifications au projet même sont encore possibles. La composition et le rôle des comités de liaison ou de suivi une fois le projet en place sont également discutés.

Dans les projets plus récents et dans un contexte de partenariat entre entreprises privées et municipalités, un angle d’analyse se détache : le partage des responsabilités et l’arrimage entre les démarches d’information et de consultation de l’initiateur du projet et celles des organisations municipales qui accueillent le projet.

La justification du projet

La justification du projet est un sujet abordé sous différents angles au fil des années. Si le statut d’énergie à faible émission de gaz à effet de serre dans un contexte de changements climatiques est constamment rappelé et peu remis en question, l’analyse des commissions s’articule autour d’autres éléments de justification.

Lors de la première période de projets s’inscrivant dans une vision gouvernementale de développement d’une nouvelle filière et de dynamisation régionale, la planification de ce développement et la question des coûts de l’électricité produite sont abordées. Dans les années 2010, l’analyse porte davantage sur la place de l’éolien dans le portefeuille d’approvisionnement et sur la stratégie énergétique du Québec. Dans les projets récents, l’angle examiné est la contribution des projets éoliens aux objectifs et efforts du Québec en matière de décarbonation et de transition énergétique.

La plupart de ces analyses soulèvent le besoin d’une perspective élargie, régionale ou nationale, sur la filière éolienne, notamment afin de mieux comprendre la justification des projets éoliens.

Une évolution ancrée dans la participation

Cette rétrospective permet de mieux saisir l’évolution des enjeux traités dans les rapports du BAPE portant sur des projets éoliens au cours des 30 dernières années. On constate ainsi que l’importance de certains enjeux s’estompe, que d’autres enjeux perdurent et évoluent alors que de nouveaux apparaissent au fil du temps. Le manque de connaissances laisse place à l’évaluation des mesures d’atténuation. Les projets évoluent en termes de localisation, de taille et de conception, ce qui fait émerger de nouvelles préoccupations. Les organisations qui les initient ainsi que leur modèle de gouvernance évoluent également. De plus, la multiplication des projets éoliens soulève la question de leurs effets cumulatifs.

Soulignons en terminant que, pour la plupart, ces enjeux ont été dégagés grâce aux questions des citoyennes et citoyens et au partage de leur opinion et de leurs préoccupations.

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